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El Jem - Vienne et Romans-sur-Isère

La Ville d’El Jem possède un patrimoine historique important remontant à l’Antiquité romaine, avec son monument le plus célèbre, l’amphithéâtre, classé au patrimoine mondial. Le tourisme de masse, qui en a résulté, avait contribué à créer des déséquilibres dans le domaine social et économique ainsi que dans le domaine urbain.

La ville de Romans (Département de la Drôme en France) et la ville de Vienne (Département de l’Isère) ont établi des relations de coopération décentralisée avec la ville de El Jem depuis 1995, pour la première et 1999 pour la seconde.

Nous préciserons plus particulièrement les actions de coopération décentralisée menées à partir des trois accords successifs de coopération correspondant à la période de 2006 à 2015.

Accord de Coopération de 2006 : actions de formation et création d’un musée

En 2006, un accord de coopération décentralisée a été signé entre les villes d’El Jem et les deux villes françaises de Romans-sur-Isère et de Vienne, ainsi qu’avec une association, le Groupement d’Action Locale (GAL) des Chambarans.

L’objectif était de mettre en valeur le patrimoine historique et culturel d’El Jem dans la perspective du développement durable urbain de cette ville. Les collectivités locales, en fonction de leurs compétences et de leur expérience, ont apporté un soutien à El Jem. Vienne est ainsi une ville qui abrite de nombreux monuments antiques et cette ville, par conséquent, avait une large expérience dans le domaine de la gestion d’un patrimoine ancien, attirant, chaque année, de nombreux visiteurs. Le but était de donner aux autorités locales tous les outils, qu’elles devaient s’approprier, pour la gestion d’un espace public historique.

Deux types d’actions ont été menés principalement dans le cadre de ce projet : une formation des élus et des cadres territoriaux ainsi que la création d’un musée, la Maison Africa. Les actions de formation, dont le coût s’est élevé à 603298 euros a été une composante importante de ce projet de coopération décentralisée.

Les deux villes françaises, dans ce projet, ont contribué, par ailleurs à la création de la maison Africa à El Jem. La création de la Maison Africa, musée où se trouvent, notamment, exposées les mosaïques découvertes à El Jem et dans ses environs, avait été, tout d’abord, imaginée, par le conservateur des sites, Hédi Slim, et qui était, également, directeur de recherche à l’Institut National du Patrimoine en Tunisie. L’idée était de créer un musée, se présentant sous la forme d’une grande maison romaine, afin de pouvoir garder, à proximité du lieu de la découverte, une mosaïque, tout à fait remarquable, représentant la déesse Africa, déesse de la fertilité et de la prospérité, invoquée par les Romains en Afrique. La conservation de cette mosaïque, dans le lieu de sa découverte, posait, en effet, des problèmes d’ordre technique. Il avait paru souhaitable, dans l’optique du développement durable de El Jem, de ne pas transférer dans un autre lieu les découvertes qui y avaient été faites. Une des règles, en matière d’archéologie, c’est en effet de conserver, dans le lieu de la découverte, les vestiges qui sont mis au jour.

Le projet de la Maison Africa avait été tout d’abord co-financé par le programme européen MEDURBS ; au terme de ce programme, les municipalités françaises ont repris ce projet dans le cadre de la coopération décentralisée. Ce projet a été, du point de vue technique, piloté par l’Institut national du Patrimoine et financé par l’Agence de mise en valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle (AMVPPC), avec le soutien, notamment, de l’Institut Français de Coopération de Tunis. L’Agence de Développement local avait été chargée de gérer le projet au plan financier et logistique. Un appui technique a été apporté par les villes coopérantes.

Ce projet avait non seulement un objectif de conservation du patrimoine culturel tunisien, mais encore, il devait avoir un effet stimulant sur le développement économique local. Il était destiné à attirer de nouveaux touristes et de devenir ainsi un facteur de développement local en « complétant l’amphithéâtre et le musée de El Jem ». La Maison Africa, reconstitution de d’une ancienne villa romaine et véritable musée de la vie quotidienne antique, inaugurée en 2002, a attiré un nombre croissant de visiteurs, attestant ainsi de la réussite du projet. Mais certains observateurs, cependant, ont regretté, à l’époque, qu’il n’y ait pas eu de projet d’aménagement de l’environnement du site et que la Maison Africa n’ait pas été toujours très bien intégrée dans les circuits de visite de la ville.

Accord de Coopération de 2009 pour un projet triennal 2010-2012

Le tourisme de masse avait provoqué sur le territoire d’El Jem de nombreux déséquilibres au niveau social, culturel, urbain et économique. Les acteurs locaux du développement d’El Jem, soutenus par leurs partenaires français ont recherché des actions susceptibles de valoriser le patrimoine culturel et naturel du territoire d’El Jem. L’objectif principal du projet triennal 2010-2012 a été de « renforcer la valorisation du patrimoine des territoires à destination des habitants et dans une démarche de développement local durable » (Atlas). « Afin de mener à bien ce programme, les collectivités locales françaises et leurs partenaires techniques, acteurs ressources de leurs territoires, accompagnent leurs homologues tunisiennes en fonction de leurs compétences et de leurs savoir-faire, reconnus dans les domaines du patrimoine, de l’action sociale et culturelle, du développement local et de leur expérience dans le domaine de la citoyenneté active » (Atlas).

Ce programme comprenait trois actions.

Action 1 : Appui au patrimoine et à l’aménagement culturel local du territoire

Il s’agissait « d’appuyer les structures locales de valorisation du patrimoine, et notamment le Centre d’Animation du Patrimoine d’El Jem, équipement pilote en Tunisie ». Il avait été prévu, dans le cadre du projet, un soutien « à la maîtrise d’ouvrage locale dans le domaine de la gestion de l’espace public, ainsi qu’un soutien à l’émergence de compétences locales dans l’animation du patrimoine et à une filière de formation universitaire dans ce domaine en Tunisie » (Atlas)

Action 2 : Structuration et appui aux acteurs locaux / mobilisation autour du patrimoine

Il avait été prévu que les élus, le coordinateur des projets de El Jem, ainsi que les cadres des associations bénéficieraient de formation. La mobilité des jeunes des trois municipalités partenaires devait être facilitée, dans le cadre du projet, notamment par l’organisation de « chantiers de patrimoine »

Action 3 : Accompagner le tourisme solidaire à El Jem comme outil de valorisation d’un territoire et d’une identité locale

Le projet prévoyait de développer un tourisme culturel au profit des habitants. La maison de la coopération devait être une « structure pilote d’hébergement » et un réseau d’accueil chez l’habitant à El Jem devait être créé. Il avait été prévu également de soutenir la promotion et l’élargissement de l’offre touristique à El Jem.

À la suite de la révolution de janvier 2011, le maintien de l’équipe municipale a facilité la poursuite de plusieurs actions prévues dans l’accord de coopération.

Les accords de coopération entre El Jem et ses partenaires français ont permis, entre autres, d’atteindre les résultats suivants, selon l’Atlas de la coopération décentralisée :

- la co-élaboration et co-réalisation d’un festival de musique lié au patrimoine, le festival Découvertes Tunisie 21 (de 1999 à 2008),
- la reconstitution d’une ancienne villa romaine, la Maison Africa, partie intégrante du Musée de la Mosaïque d’El Jem,
- la mise en place d’un Festival de l’Olivier, en décembre/janvier de chaque année,
- la mise en place progressive d’un Centre du Patrimoine en cours de réalisation,
- l’organisation de formations diverses (professionnelles, techniques, associatives),
- la réalisation régulière de chantiers tripartites sur le patrimoine, impliquant des spécialistes des villes, ainsi que des jeunes dans un projet partagé,
- l’organisation de journées de réflexion sur le patrimoine, au niveau national, « les rencontres d’El Jem (2004 et 2009),
- l’installation d’une « maison de la coopération », lieu d’hébergement et de promotion de l’action internationale à El Jem.

L’accord de coopération pour un projet triennal 2013-2015

Le nouveau projet, qui couvre la période 2013- 2015 comprend 4 actions

Action 1 : Appui institutionnel

Il s’agit de poursuivre, selon l’Atlas, « le renforcement les capacités du partenaire tunisien, initié dans la période 2010/2012, en lui transférant des savoir-faire et en favorisant l’échange de bonnes pratiques pour conforter les pratiques démocratiques et les compétences de la Ville d’El Jem et affirmer son rôle dans le développement du territoire ». Il s’agirait principalement de renforcer la coopération entre la ville de El Jem et des entités régionales, nationales ou internationales pour promouvoir un développement durable ; parmi les structures nationales, apparaissent l’Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle (AMVPPC), le Ministère de tourisme, l’Institut National du Patrimoine (INP), le Ministère de développement régional, et l’Institut Français de Tunis.

Action 2 : Appui au renforcement de la démocratie locale

Dans le cadre de l’accord de coopération, il a été prévu de favoriser l’émergence d’une démocratie locale à travers la mise en œuvre de pratiques de participation ou d’implication citoyenne. Il s’agirait de favoriser dans le cadre de l’accord les rencontres entre les populations des villes coopérantes, en impliquant notamment les communautés françaises d’origine tunisienne. L’accord prévoit qu’un soutien sera apporté à des actions telles que l’organisation de chantiers de jeunes, d’ateliers artistiques ou des échanges de collégiens.

Action 3 : Développement d’un tourisme solidaire et durable contribuant au développement local à travers la valorisation du patrimoine

L’accord prévoit pour la période 2012-2015 de mener à bonne fin les projets lancés précédemment et « qui n’ont pas pu aboutir compte tenu de la situation politique instable » :

- la finalisation du projet de la salle de patrimoine et sa promotion en tant que projet pilote en Tunisie, en partenariat avec L’Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle (AMVPPC) ;
- la concrétisation du partenariat entre la Ville d’El Jem, la Ville de Vienne et l’AMVPPC
- la mise en place d’un circuit touristique de la ville et réalisation du projet de la signalétique, ainsi que la réalisation d’aménagements touristiques susceptibles d’accroitre l’attraction touristique.

Action 4 : Améliorer la visibilité des apports de la coopération décentralisée pour les trois villes partenaires

L’ensemble des actions de coopération décentralisée n’est pas assez connu du grand public. Il convient, dans le cadre de ce projet, de faire connaître les apports de la coopération sur chacun des territoires, dans une logique de transparence et de valorisation des expertises.

Cofinancement du projet (euros)

El Jem : 11820 (en 2013) 16200 (en 2014)
Romans-sur-Isère : 28131 (en 2013) 19525 (en 2014)
Vienne : 44329 (en 2013)
Ministère des affaires étrangères et du développement international :
15500 (en 2013) 40750 (en 2014) 40750 (en 2015)

Source : Atlas français de la coopération décentralisée

Lamia KRATOU, Jacques POIROT

Références :

Kratou L., 2012, Le rôle de la coopération internationale publique dans la protection de l’environnement en Tunisie : efficacité et limites, thèse de doctorat, Université de Lorraine.

Atlas français de la coopération décentralisée (https://pastel.diplomatie.gouv.fr/cncdext/dyn/public/atlas/accesMonde.html)
Collecte de données publiées par ce site de 2010 à 2015.